L’intelligence artificielle transforme en profondeur la dermatologie, bien au-delà de la seule détection des cancers cutanés. En effet, les algorithmes sont désormais capables d’analyser des images de lésions suspectes avec une précision proche de celle des dermatologues. Pour repérer mélanomes et carcinomes, leur champ d’action s’étend rapidement à d’autres pathologies de la peau. Psoriasis, eczéma, acné ou dermatites chroniques font aujourd’hui partie des domaines où l’IA intervient, tant pour affiner le diagnostic que pour orienter et améliorer les stratégies thérapeutiques.
En analysant de vastes volumes de données cliniques, d’images et de résultats biologiques, ces technologies ouvrent la voie à une dermatologie plus personnalisée. Ainsi elles sont capables d’anticiper l’évolution des maladies inflammatoires cutanées et d’identifier les traitements les plus adaptés à chaque patient. Dans un contexte marqué par une pénurie de spécialistes et une augmentation des maladies chroniques de la peau, l’IA s’impose ainsi comme un outil d’aide précieux. Elles posent tout de même des enjeux essentiels en matière d’éthique, de responsabilité médicale et de place de l’expertise humaine.
Qu’est-ce que l’IA en dermatologie ? Applications concrètes de l’IA dermatologique :
Détection précoce du mélanome par IA
Les algorithmes d’apprentissage automatique atteignent désormais 94,5 % de précision dans l’identification des mélanomes. Ils surpassent même les performances de dermatologues expérimentés. Cette technologie analyse simultanément les caractéristiques visuelles des lésions et les données patient (âge, sexe, localisation) pour établir un diagnostic fiable. Voir aussi notre article pour vous aider à distinguer Psoriasis, eczéma et Vitiligo.
Les systèmes actuels traitent des milliers d’images dermoscopiques en quelques secondes, créant une véritable signature numérique du cancer de la peau. Cette rapidité d’analyse permet aux médecins généralistes d’orienter efficacement leurs patients vers les spécialistes.
Les performances remarquables incluent :
- Réduction significative des faux positifs
- Détection de mélanomes à des stades très précoces
- Analyse de 99 % de taux de survie quand le diagnostic intervient rapidement
Cette avancée technologique répond directement aux enjeux de santé publique, alors que l’incidence des mélanomes devrait augmenter de 50 % d’ici 2040 selon les projections des pouvoirs publics.
Diagnostic dermatologique photo avec applications mobiles
En 2025, les applications mobiles de diagnostic dermatologique par photo illustrent concrètement l’apport de l’intelligence artificielle dans le parcours de soin. Basées sur l’analyse d’images par apprentissage automatique, ces solutions permettent à l’utilisateur de photographier une lésion cutanée à l’aide de son smartphone afin d’obtenir une première orientation. Par exemple pour des lésions bénignes ou suspectes, affections inflammatoires probables (eczéma, psoriasis, acné) ou simples irritations passagères. Des applications comme SkinVision, First Derm , Skinive ou Ada Health s’appuient sur des bases de données comprenant des millions d’images annotées par des dermatologues pour reconnaître des motifs caractéristiques de maladies de la peau.
Pour les maladies chroniques telles que le psoriasis ou l’eczéma, ces outils ne remplacent pas le diagnostic médical, mais offrent un suivi complémentaire. Ils peuvent aider à documenter l’évolution des plaques, à repérer une poussée inflammatoire précoce ou à évaluer l’impact d’un traitement dans le temps, notamment grâce à des comparaisons photographiques automatisées. Dans les zones sous-dotées en dermatologues, l’IA mobile constitue également un premier niveau d’orientation, incitant les patients à consulter plus rapidement en cas de signes préoccupants.
Cependant, ces technologies soulèvent des limites importantes. La qualité de l’image, la diversité des phototypes cutanés et la complexité des diagnostics différentiels influencent fortement la fiabilité des résultats. Les autorités de santé et les sociétés savantes rappellent ainsi que ces applications doivent être considérées comme des outils d’aide à la décision, et non comme des dispositifs de diagnostic autonome. Leur intérêt majeur réside dans l’amélioration de l’accès à l’information, la sensibilisation aux maladies de la peau et le renforcement du lien entre patients et professionnels de santé. Le tout dans un cadre éthique et réglementé.
Dermoscopie assistée par intelligence artificielle
La dermoscopie numérique transforme l’examen clinique traditionnel en intégrant des algorithmes de reconnaissance d’images sophistiqués. Les réseaux neuronaux convolutifs analysent instantanément les structures sous-cutanées invisibles à l’œil nu, révélant des patterns dermoscopiques caractéristiques des lésions pigmentées suspectes.
Les professionnels de santé, notamment les médecins généralistes, bénéficient désormais d’une aide diagnostique précieuse pour orienter leurs patients. Cette méthode combine l’expertise humaine avec la puissance de calcul de l’IA, améliorant significativement l’accès aux soins dans les zones sous-dotées en dermatologues.
L’objectif principal reste l’amélioration du dépistage du mélanome tout en respectant un cadre réglementaire strict. La Société française de dermatologie souligne que ces dispositifs doivent compléter, jamais remplacer, l’évaluation médicale spécialisée pour garantir la sécurité des patients.
Optimisation des traitements dermatologiques grâce à l’intelligence artificielle
Optimisation des traitement par sélection algorithmique des molécules grâce à l’ia
En 2025, l’IA ne se contente plus d’aider au diagnostic en dermatologie : elle accélère aussi l’arrivée de nouvelles thérapies. Exemple emblématique : Takeda a annoncé des résultats de phase III positifs pour zasocitinib (TAK-279), une petite molécule orale contre le psoriasis en plaques dont la sélection initiale a été guidée par des algorithmes de découverte. Désormais, le groupe vise une mise sur le marché après dépôt des dossiers en 2026, à la faveur de données montrant une supériorité sur placebo et un comparateur actif.
Au-delà du « coup d’accélérateur » en amont, l’intérêt clinique est double : un format per os (plus simple que certaines biothérapies injectables) et des taux de réponse élevés dès 16 semaines. En comptant une proportion notable de patients atteignant une peau claire ou presque claire (PASI 90/100), d’après la communication officielle de Takeda.
Ce cas illustre trois progrès clés apportés par l’IA aux traitements dermatologiques :
Découverte plus rapide et plus ciblée
Le criblage assisté par IA réduit le nombre de candidats « prometteurs mais peu viables », concentrant les ressources sur les molécules les plus pertinentes.
Meilleure personnalisation
En analysant des cohortes réelles (photos cliniques, biomarqueurs, dossiers patients), les modèles aident à prédire qui répondra le mieux à une thérapie donnée. il s’agit d’un enjeu majeur pour les maladies inflammatoires chroniques comme le psoriasis, l’eczéma ou l’urticaire.
Formats de traitement plus pratiques
L’optimisation guidée par IA ouvre la voie à des options orales ou topiques plus simples à vivre que certaines biothérapies injectables, sans sacrifier l’efficacité. À court terme, on peut s’attendre à une arrivée progressive de nouvelles petites molécules et à des repositionnements mieux informés. Tandis que les biothérapies existantes profiteront d’outils d’aide à la décision pour ajuster les schémas de traitement (initiation, switch, maintien).
Reste indispensable une vigilance réglementaire et clinique : l’IA accélère la sélection et affine la stratification. Mais seule la preuve par l’essai contrôlé, la tolérance à long terme et l’évaluation médico-économique déterminent la place d’un traitement dans la vraie vie.
En résumé, 2025 marque un tournant : l’IA passe du laboratoire au lit du patient. Non pas pour remplacer l’expertise médicale, mais pour rendre les innovations dermatologiques plus rapides, plus ciblées et plus accessibles.
Utilisation de l’ia pour prouver l’efficacité des remèdes traditionnels
En dermatologie, l’IA devient un levier décisif pour trier les remèdes traditionnels et ne garder que ceux qui prouvent un bénéfice réel. L’élan vient d’un jalon clair : le deuxième Sommet mondial de l’OMS sur la médecine traditionnelle, ouvert le 17 décembre 2025 à New Delhi. Ce dernier place l’évaluation fondée sur les preuves (et l’usage d’outils comme l’IA, la génomique et l’imagerie) au cœur de sa feuille de route. Source : Sciences et Avenir
Concrètement, des pipelines de « text-mining » et de network pharmacology peuvent :
– passer au crible des milliers de publications hétérogènes sur des soins cutanés (eczéma, acné, cicatrisation),
– relier les profils chimiques d’extraits végétaux à des cibles biologiques cutanées,
– puis prioriser les candidats qui méritent de vrais essais contrôlés.
L’imagerie assistée par IA standardise l’évaluation clinique en quantifiant l’inflammation, la pigmentation ou la vitesse de réépithélialisation à partir de photos ou de biopsies numériques, tandis que des registres numériques aident à cartographier les risques (phototoxicité, allergènes, interactions).
Dans cet esprit, l’OMS promeut une intégration sélective : normaliser les préparations, exiger des données d’efficacité et de sécurité, et écarter ce qui ne franchit pas le seuil de preuve. Un cap réaffirmé à New Delhi et largement repris par la presse internationale.
Pour un service de dermato en 2025, cela signifie :
– exploiter l’IA pour documenter les bons usages (indication, dose, population)
– instaurer un cadre de qualité et de pharmacovigilance à la hauteur de la médecine fondée sur les preuves.
Enjeux éthiques et dérives actuelles de l’IA
Limites et risques des diagnostics automatisés

Les systèmes automatisés présentent plusieurs défaillances majeures qui compromettent la sécurité des patients. Les faux diagnostics représentent le premier écueil : une lésion bénigne peut être classée comme suspecte, générant une anxiété inutile et des consultations non justifiées. À l’inverse, un mélanome débutant risque d’être ignoré, créant une fausse sécurité dangereuse.
La qualité des images constitue un facteur limitant critique. Une luminosité inadéquate ou un angle de prise de vue incorrect peuvent totalement fausser l’analyse algorithmique. Les dispositifs médicaux numériques actuels peinent également avec les phototypes foncés, ayant été principalement entraînés sur des peaux claires.
L’absence d’accompagnement humain aggrave ces risques. Face à un résultat inquiétant concernant un grain de beauté, le patient se retrouve seul avec ses interrogations, sans avis spécialisé pour contextualiser le diagnostic. Cette situation peut engendrer une perte de chance ou un retard de prise en charge, particulièrement problématique pour la détection du mélanome.
Perspectives d’avenir pour l’IA en dermatologie
L’IA progresse vite en dermatologie, mais son usage reste à encadrer strictement.
Pourquoi ?
La pénurie de dermatologues favorise l’émergence de centres privés et d’applications promettant un dépistage des cancers cutanés… parfois sans médecin.
La SFD alerte sur un “Far West” du dépistage où la rentabilité prend parfois le pas sur la sécurité.
Ce qu’expliquent les experts :
- Les algorithmes peuvent être performants en recherche, mais leur interprétation clinique exige un dermatologue.
- Les applis ou services en pharmacie peuvent fournir des conduites à tenir erronées ou contradictoires, générant anxiété et surcharge des professionnels.
- Un dépistage de masse n’est pas justifié : seulement 30 000 cancers cutanés/an en France.
Ce que recommande la SFD :
- Favoriser l’autosurveillance, avec sa nouvelle campagne “Surveiller ma peau, Yes I can”.
Repérer les lésions C.A.N. : Changeantes, Anormales, Nouvelles - Passer par son médecin traitant qui peut solliciter la télé-expertise dermatologique, aujourd’hui déployée presque partout.
Message clé : l’IA peut aider… mais jamais remplacer l’expertise dermatologique.
Source : Le Quotidien du Médecin, 20/11/2025
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